Partie 3 : Le Débarras
« Ton ancienne chambre est pleine pour le mariage de Léa », a-t-elle dit.
Elle a marqué une pause.
Elle a ajusté le col de son gilet avec des gestes lents, calculés.
« Il y a de la place dans le débarras, si les cartons ne te gênent pas. »
J’ai attendu que mon père dise quelque chose.
Il n’a rien dit.
Il a simplement refermé la porte du salon derrière lui, comme on referme un dossier.
Alors j’ai porté mon sac jusqu’à la petite pièce du fond.
Celle où l’on rangeait autrefois les valises, les décorations de Noël et les choses dont personne ne savait quoi faire.
La porte a grincé.
L’air était froid, stagnant, chargé de poussière et de carton vieilli.
Un lit pliant était appuyé contre le mur, recouvert d’une housse beige tachée par le temps.
Des housses pendaient à une tringle rouillée.
Des caisses transparentes portaient des étiquettes écrites au feutre noir, dans l’écriture appliquée de ma mère : LÉA – TABLES, LÉA – FLEURS, LÉA – PHOTOS.
Chaque mot était une preuve que quelque part dans cette maison, ma sœur était attendue, préparée, célébrée.
Mon sac de mission a glissé sur le carrelage froid avec un bruit sec.
Il avait encore de la poussière coincée dans les coutures.
Venue d’endroits dont je n’avais jamais parlé devant eux.
Parce que certaines histoires ne se racontent pas entre le fromage et le café.
Parce que certains silences sont des armures.
Ce soir-là, j’ai dormi sur le lit pliant, entre du papier bulle et des centres de table en plastique.
Les ressorts gémissaient à chaque mouvement.
Je n’ai pas fermé les yeux tout de suite.
J’écoutais les bruits de l’appartement : la télévision dans le salon, les rires étouffés, la vaisselle qu’on rangeait.
Je n’avais pas besoin qu’ils me disent la phrase à voix haute.
Elle était partout.
Inscrite dans le carrelage, dans les cartons, dans l’air froid.
Tu peux revenir dans l’appartement, Camille.
Pas dans la famille.
Partie 4 : Le lendemain, la façade a repris ses droits, et j’ai dû assister à une scène de dîner préparée avec une hypocrisie presque théâtrale, où chaque couvert, chaque sourire, chaque silence avait été répété pour que je comprenne une fois de plus que je n’étais qu’une spectatrice.